Le Grand BornandTout en ruminant des pensées profondes le regard fixe, s'étonner du train où va le monde
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Le Grand Bornand

Sète
Ici s'impose la comparaison avec le peintre qui travaille au grand jour, par petites touches patientes et patentes pour coucher ses sentiments et sa
personnalité sur la toile. A l'opposé, l'acte photographique est instantané et occulte, ressemblant en cela au coup de baguette magique de la fée transformant une citrouille en carrosse, ou une
jeune fille éveillée en jeune fille endormie. L'artiste est expansif, généreux, centrifuge. Le photographe est avare, avide, gourmand, centripète. C'est dire que je suis photographe-né. Ne
disposant pas des pouvoirs despotiques qui m'assureraient la possession des enfants dont j'ai décidé de me saisir, j'use du piège photographique.
Michel Tournier (Le Roi des Aulnes, Gallimard, 1970)
Port
Bou
Aériennes elles s'agitent, virevoltent, palpitent;
Bavardes elles murmurent, racontent, crient;
Solidaires, solitaires elles se cherchent, se rapprochent, s'évitent.
Les mains ont au bout des doigts un peu de coeur transi.

Fenêtre fermée, ouverte
Fenêtre fermée, de planches recouvertes
Fenêtre condamnée, plus jamais de tête.

Souvent méconnue, parfois repoussée dans l'ombre
L'herbe persiste et signe à grands traits, en de grandes paraphes sombres.

Montpellier
Je voudrais en somme que mon image, mobile, cahotée entre mille photos changeantes, au gré des situations, des âges, coïncide toujours avec mon "moi" (profond, comme
on le sait); mais c'est le contraire qu'il faut dire: c'est "moi" qui ne coïncide jamais avec mon image; car c'est l'image qui est lourde, immobile, entêtée (ce pourquoi la société s'y appuie),
et c'est "moi" qui suis léger, divisé, dispersé et qui, tel un ludion, ne tiens pas en place, tout en m'agitant dans mon bocal: ah, si au moins la Photographie pouvait me donner un corps qui ne
signifie rien! Hélas, je suis condamné par la Photographie, qui croit bien faire, à avoir toujours une mine: mon corps ne trouve jamais le degré zéro, personne ne le lui donne.
Roland Barthes (La chambre claire, Ed. de l'Etoile, Gallimard, Le Seuil, 1980)

Haute Savoie
Une idée aussitôt née, aussitôt envolée;
Deux idées emmelées et bientôt séparées;
Trois idées partant chacune de leur côté;
Quatre idées qui se suivent bien alignées.

Montpellier
Soudain, là, sur le mur qui serpente en liane, le souvenir improbable des éléphants
" Il en est des plaisirs comme des photographies. Ce qu'on prend en présence de l'être aimé n'est qu'un cliché négatif, on le développe plus tard, une fois chez soi,
quand on a retrouvé à sa disposition cette chambre noire intérieure dont l'entrée est condamnée tant qu'on voit du monde."
Marcel Proust (A l'ombre des jeunes filles en fleurs)
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