La bouche de l'égout, les dents de la scie, les oreilles de la marmite... L'oeil du lavabo; les choses du visage, le visage des choses.
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La bouche de l'égout, les dents de la scie, les oreilles de la marmite... L'oeil du lavabo; les choses du visage, le visage des choses.

Auch
Plus haut que les murs noircis
Se découpaient les graffitis.
Les arbres pour nous cracher leur fiel
Ecrivaient à même le ciel.

Le cri soudain,
Brûlure glaciale, chair à vif;
Cheveux dressés à réagir
Cabrés et électriques,
Boule de panique.

L'arbre jouait les totems et me considérait de son regard fixe.
Je m'attendais à quelques paroles, quelques mots,
Mais loin de jouer les prolixes,
Il demeura de bois, la tête dure et le cerveau lisse.


Lac Blanc (Landes)
Les photos, il y en avait trop. Des caisses entières. Et puis, sur les clichés, Telma n'était jamais le personnage principal.
Il fallait choisir les plus significatives pour servir de modèle. Les lunettes sur le bout du nez, il éparpilla sur la table les instantanés. Chaque image, comme une borne kilométrique, jalonnait
le parcours. Au nombre de dents, au nombre de rides, on évalue la distance qui reste à parcourir. Rétrospectivement, le moindre cerne nous apparaît comme un signe avant-coureur. Les visages figés
vivent dans l'insouciance de leur disparition, si lointaine qu'ils n'y prennent garde, si proche qu'ils préfèrent l'ignorer. Les années passant, les promesses se changent en oracles et l'on
échappe difficilement à la nostalgie.
Agnès Desarthe (Cinq photos de ma femme, Editions du Seuil, 1998)

New York
Tourniquet, tournis et glissade. Habiles comme des pieds les jambes s'inquiètent de cette pantalonnade.

Auch
Et ces arbres bêtement alignés, mutilés, défigurés, pétrifiés en chandeliers funèbres, il suffisait d'un regard ou d'un sourire pour qu'ils se mettent à vibrer et à
vivre, pour que perce à nouveau au grand jour ce grain de folie sinueuse qui les rend libres et beaux.
Poitrail dilaté en carène, roulis dans la démarche, caroncules ruisselantes, glouglou dans le gosier... Tu es un être aquatique, dindon, une divinité marine, pétrie de sel et d'écume,
taillée pour courir les océans et te jouer des vagues. Prends la mer, dindon, prends la mer...

Albi
Tendu, tempétueux, les deux pieds plantés sur le pont
Espérer l'océan, son souffle, ses passions.
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