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La mécanique des arbres

16 Décembre 2013 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Groupe 10: La mécanique des arbres

La série "Droit de cité" appartient au groupe 10. Celui-ci aborde la présence de l'arbre dans la ville. Comment s'y trouve-t-il? Quelle relation établit-il avec son environnement urbain? Est-il agressé en permanence, est-il agressif et destructeur, trouve-t-il une harmonie de paix et d'esthétique?  Et s'il doit lutter pour exister, comment s'y prend-il pour adresser aux Hommes un message d'existence, lier sa présence à un ailleurs dont le caractère onirique leur serait salutaire? La "mécanique des arbres" s'intéresse à ce questionnement.

Autre série de ce groupe présente sur le blog: Droit de cité.

Pour avoir une vision complète de la démarche suivie par ce blog, connaître les liens que présentent les différents groupes de séries entre eux et ceux qui le rattachent au blog "Natures cachées", se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.

 

La mécanique des arbres

 

Quelques pas, la rue se décline toute droite, messagère du pont au rond point. Sur le bord, des maisons, des mouvements retenus. Elles le savent, elles ne partiront pas, elles resteront, la ville compte sur elles, recompte sans fin leurs alignements d’épaules. La vie leur passe sous le nez, circule à leurs pieds sans aucune allégeance. Circulation bifide qui parle, ronronne et se bouscule, s’égrène en véhicules. C’est une rue qui roule menant ses deux trottoirs en marche. Des trottoirs qui déroulent, des jambes et des passages, des flaques des fissures, des effondrements, des soulèvements. Géologie urbaine, l’intériorité des villes à fleur de peau, quelques fleurs aussi parfois, des arbres. 

Des arbres surtout. En lignes, comme au dortoir, pied cerclé de fer. Ils ne se touchent pas. Des arbres construits dans la froideur des pierres, la froideur des plans. Bâtis l’un après l’autre à coups de bétonnière. Les troncs, objets urbains à hauteur d’homme, charpentes sûres des regards, gardiens de l’espace structuré. L’antidote silencieux du vertige, de la grandeur et de la respiration.

Mais là haut... Là haut. La perte des villes naît de la finitude des toits, des murs et des brouhahas, dans le voile brumeux des cheminées ou du brouillard d’hiver, dans la lumière évadée des profondeurs des rues ou celle naissante du soleil. La hauteur est sauvage, profuse, mouvementée et emmêlée. Les branches conversent dans une fonte d’écorce. Là haut, la lumière mène le bal, d’un coup de vent, d’un coup de vie, elle laisse entrevoir, le tourbillon envolé, les biffures du ciel dressées sur leurs bourgeons. Il y a par-dessus les toits une puissance claire où séjourne la sève en de longs fouets  agités, la volonté rare d’une survie réelle, un geste de liberté qui se mêle de tout, une grandeur multiple qui nous dépasse.

Alors surveillez, encadrez, enfermez, mutilez, taillez, les arbres sont là, seront là, bien présents, ailleurs, dans l’air et son souffle, les couleurs et leurs formes. Ils sont présents au-delà de toute présence, vivants au-delà de toute vie, des vivants de l‘ombre, vivaces, tenaces, irréductibles, des créatures de l’azur portés par la lumière. Maîtrisez, ils résistent. Effacez, ils ressurgissent. Un rien et ils sont là, gagnent les murs à travers les ombres, envahissent les reflets, projettent leurs images, leurs songes, leurs idéaux. Ils s’adaptent, ils mutent, renouent avec les signes des temps anciens, ceux qui les ont guidés, aidés toujours, dans l’aventure de la vie du monde. Ils se découvrent arbre-image, jusqu’à envahir le corps de leur meilleur ennemi. Vous savez, celui ou  plutôt celle qui les fait le plus souffrir, qui les bouscule jusqu’à parfois les renverser, qui les dépasse et les efface. Celle qui a déchaîné le fer qui  dormait dans le refuge de leur racine. Celle qui a fait de cet ami des ténèbres terriennes, un traître aux mains d’acier carrossé de brillances. La voiture les asservit, les assourdit, les asphyxie. Ils n’ont pas le choix.

...Là haut la force du flou chantant.... En bas, la résistance calme, solide, bien plantée, soutenu par un bombardement d’images, un film en continu devant les yeux des hommes. Au premier passage de la lumière, l’Essentiel se met sur leur route, des images et des images. La mécanique des arbres roule, lancée à la rencontre des mécaniques, à la conquête des murs, des voitures, des idées comme des songes. Présence vive d’une vie gourmande, profonde. Un ciel redescendu sur terre, ombrageux jusqu’à la lutte, jusqu’à la résistance, la revendication, le droit à l’existence, le droit au sauvage et au primordial, à la libération des forces et des germes, du profond et du sensible, du beau dans la folie, l’exubérance fêtée du désordre dans la force et la délicatesse d’un phrasé ancestral. En lutte contre eux-mêmes aussi, la fracture du découragement, cette hache de l’échec toujours suspendue.

Je me tiens là, face au film qui se déroule, me déroule, face aux images, leur univers de souffle, de phrases, de songes et de passé, de réponses entrevues. Le miroir est tendu par-dessus leur histoire. Les arbres gardent au-delà de leur lutte cette profondeur des origines qui interpelle sans contraindre.

En fond, les textes vont et viennent. Leurs racines appartiennent aux images. Les mots naissent du trait, du reflet, de la matière, restent liés à eux dans la combinaison et l’entrelacement des signes. Pour dire, tenter de dire, la lutte, le doute, l’onirisme latent, la puissance et la fragilité des arbres. Dissociez les textes et les images, et l’ensemble tombe, s’écroule. Les arbres n’existent plus, ravalent leur portrait, leur souhait, leur combat. Tout se disloque, s’évapore. Les troncs se décharnent, le songe n’est plus. 

 

 

 

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Sedna 19/12/2013 09:44


Bravo pour votre recueil..