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Un jour, la nuit

9 Mai 2014 , Rédigé par Jean-Louis Bec (texte et photographies) Publié dans #Groupe 6: Un jour la nuit

La série "Un jour la nuit" appartient au groupe 6. Ce groupe s'est construit autour du contact avec la nature. Nous ne sommes plus ici, dans la recherche de la fusion avec la Nature telle qu'elle est présentée dans le groupe 5 mais dans la redécouverte, avec  l'objectif de rechercher des sensations premières un peu oubliées et de se replonger dans un bain de Nature synonyme d'essentiel. La recherche du contact permet, en profondeur, un retour sur soi qui s'avère parfois nécessaire. Réflexions et récits personnels sont revisités à travers le filtre de la sérénité ou non que porte en soi le contact avec la Nature.

Autres séries présentes sur ce blog: Côté jardin, côté cours, Cela va sans dire, Le toujours est pour elle.

 

Pour avoir une vision complète de la démarche suivie par ce blog, connaître les liens que présentent les différents groupes de séries entre eux et ceux qui le rattachent au blog "Natures cachées", se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.

 

Les photographies ont été réalisées avec la collaboration de RouBina, chorégraphe, auteur, compositeur et interprète, pour la création de la pièce "Nuit", premier volet de "il'S" de la cie VOOA autour de la Rencontre des Arts et des Peuples.

http://www.vooa.org

http://www.roubinamusic.com

 

 

Un jour, la nuit

 

Quelques flashes montent à la tête. Pas besoin de mémoire, de lumière à soulever, à retourner pour la trouver. Elle est là, tout près. Pas besoin de creuser, pas besoin d’enfouir non plus. La nuit, on la sent, on la devine, et quand on passe à côté, on la crée de ses propres yeux.

Fermés. Ouverts. Quelle importance... Une paupière est une peau entière qui se déchire sur la naissance. On naît à la nuit comme on vient au jour. En tâtonnant avec la voix ouverte sur une profondeur de gorge.

Les doigts fourmillent un peu. Ils savent sans voir cet aspect fuyant du noir, ces traînes de bouts de ciel lointains, insaisissables. Ils barbotent en aveugle dans cette eau profonde. La nuit n’a pas de fond, elle est un fond qui masque tout, un voile gonflé d’obscurité qui se soulève sur un moins que rien. La nuit reste ce mélange savant d’espace de sombre qui se confond avec le temps, la fluidité immobile d’un oubli de clarté dans sa clarté d’oubli. La nuit. On en rêve sans la rêver, présence ancrée par ses fils à nos idées marionnettes.

 

J’ai songé un jour à m’approcher d’elle, me rapprocher d’elle. Un désir plus fort que la curiosité sous sa forme la plus noire. Voir la nuit de près, la dévisager dans ses ombres profondes, ses vides de plénitude sans forme, l'instant de l'échange d’un regard, d’un mot pour un éclat de noir. Une impression de rétine où s’inversent les mondes, où se replie sur elle-même la densité nocturne, comme un poing serré, resserré. J’ai attendu qu'elle me livre les grains noirs de ses récits monochromes. J’ai attendu les univers, les découvertes, les soleils ignorés qui roulent dans leur courses, une empreinte cosmique misant tout sur sa face cachée. J’ai espéré, surpris, envisagé, le visage tendu...

 

Je l’ai vue. Un reflet, un soupçon, un langage souterrain, le flottement d’une onde et je l’ai vue. Calme, bienveillante, un bain flottant sous la spirale du sensible.

La nuit veille, simplement. De toutes ses lumières inversées. Jusqu’à nous saisir d’une conscience claire. Délicatement, elle révèle, grandit en univers nouveaux. La nuit est cerveau craquant dans ses pensées naissantes. Des tracés parallèles parlent de ciels bâtis par leur absence, de l’obscure mélopée de grandes ailes lourdes et caressantes.

 

Je me suis approché encore, m'immergeant dans la mouvance calme. Je l’ai observée rouler en effleurant les paysages, céder parfois à cette tentation latente d’exprimer l’inconnu, le gigantesque, le fou et le très sombre. Des êtres à la chair sans limite vivaient là, soudain, grimaces monstres suspendues, gestes sans bornes. Puis le noir effaçait, désincarnait l’effroi, la nuit retombait sans bruit. La nuit douce...

Elle me tournait autour, fluide jusqu’à la transparence, proposait un autre chemin, une autre route. Non un envers, une dérive, mais un départ, une nouveauté, une autre face de moi-même. La nuit faisait le jour sur un insoupçonné, un moi révélé par la chambre noire.

Ce monde-là, ces mondes-là, je pouvais les toucher, soyeux, m’enveloppant de leurs métamorphoses, un philtre de sombre pour chacun de mes sens. A s’approcher ainsi de la nuit, toute épaisseur se dissolvait, l’ombre parlait légèrement. Les paysages étaient l’imminence d’une découverte étonnée, des parties d’un moi-même encore méconnues. Dans cette nuit, la mort même semblait ignorer la lourdeur de sa masse. Elle s’évaporait, transcendée de rayons étoilés, oubliait les refuges sournois de l’attente et de la certitude d’être. Je devinais son élan dans la finesse d’une branche de nuit, l’éparpillement des grains d’obscurité. La mort faisait sourire et sa vitalité n’avait rien d’une faux.

 

Protectrice, portraitiste est la nuit. Des portraits inconnus coulaient de mon visage, miroitants, voyageurs éclos d’œufs couvés dans le noir, reniant tous profils de simples masques. Bien réels, bien là, pétris de nuit, éblouis de ténèbres, lumières assemblées pour me faire naître auréolé de rayons nocturnes, affûté de vertige et de songes filants. Une rondeur de lune les tenait par la main, son ample cosmos poussait aux quatre coins de leurs ailes.

L'obscurité. Jusque dans mes profondeurs les plus sombres son nom choisissait les lettres de la sérénité. La nuit, mère porteuse sereine. Le noir de son opacité soutenait le souffle et l’aérien. Être fait de grains noirs. Être modelé de nuit. Devenir nuit peu à peu, par désir de savoir, d’atteindre l’invisible, ces autres moi-même, le multiple et les inconnus secrètement souhaités ou oubliés, toutes ces inconsciences, ces paysages aux cellules à vif infiniment sensibles. Un intégral recomposé agité des passés dépliés, des choses revues corrigées, langue universelle des lois moléculaires, des espaces de vide conteurs et éternels comme des signes.

 

Une immersion. Une fusion. Une dispersion. Être de nuit. Devenir la nuit, omniprésente et clairvoyante. Perdre sans se perdre. Atteindre sans s’éteindre. Devenir pour être l’équilibre de son souffle, un trait de voûte à profondeur de ciel, profil porteur d’un néant à étoiles.

 

Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
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Un jour, la nuit
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Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Un jour, la nuit
Hérault (autour de Montpellier), 03/2014.

Hérault (autour de Montpellier), 03/2014.

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Sedna 03/12/2015 15:53

J'aime votre approche de la nuit, j'y suis revenue à pas feutrés.

course 09/06/2014 10:19


Dans la nuit noire de l'âme, il est toujours trois heures du matin ;)

Sedna 19/05/2014 15:00


Tout est beau, texte et images. Merci pour le partage