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Articles avec #l'attente des fissures tag

L'attente des fissures

5 Mars 2015 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #L'attente des fissures

La série L'attente des fissures appartient au onzième groupe de séries. Ce groupe traite de la ville, de ses bâtiments, de ses espaces libres, de ses entassements, de ses hauteurs. La série L'attente des fissures observe l'apparition dans la ville, avec le temps, de petites choses non prévues par les concepteurs du milieu urbain, de petites zones de trouble, de détails décalés qui rendent finalement la ville plus humaine, moins programmées: fissures, petites plantes... 

Autres séries de ce groupe présentes sur ce blog: Morphisme, Le silence traversé.

Pour avoir une vision complète de la démarche suivie par ce blog, connaître les liens que présentent les différents groupes de séries entre eux et ceux qui le rattachent au blog "Natures cachées", se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.

 

L'attente des fissures

 

Les étoiles nous tiennent parfois la tête, nous la prennent mais ne s'apprivoisent pas. Une rencontre de regards, le scintillement d'un échange, quelques éclats glissés sous les paupières puis plus rien... quelques poussières de songes et de pensées légères, lointaines déjà.

Seul l'espace se laisse faire et semble se faire à la laisse. D'autant plus s'il est nommé urbain. Un nom très actuel, très mode.

L'espace urbain. Du programmé, du pensé, cet espace en est cousu, du sur-mesure même. Du travail fait main, machine comprise et bien comprise. Le déterminisme est sa clôture, le rationnel et le fonctionnel deux comparses toujours prêts à le rabaisser au carré. 

Ainsi pour l'espace, tout se simplifie. Généralement, cette approche est un éloignement, un rejet qui fructifie et se dresse face à sa Nature, la dresse, la bouscule, la renverse. Cette approche ne voit rien, ne la voit pas, la saisit sans rien saisir, ni l'originalité puissante de son origine, ni la force dynamique de sa diversité... Rien, ou alors très peu, dans un automatisme du très peu qui se vide de sens et pique vite une tête vers le rien.

Pas d'imprévu donc, pas de bizarre, rien d'étonnant, de détonnant, pas de réelle fantaisie, de jeu, de hasard, de chance. Le sauvage est réduit par une équation de mort, taillé sans bataille, taillé pour rien une fois pour toute. Le taillé pour la vie n'est pas sensé réellement être, vivre, son sens comme ses sens cautérisés sans soins.

 

Mais la Nature est têtue.

La Nature, physique, biologique se pense et ne s'oublie pas. Qu'on l'enferme, la mutile, elle parvient parfois à se panser, pour ne pas s'oublier. Si des germes subsistent. Si... Brin à brin elle tente alors de revenir, folie tissée peu à peu en toile fragile qu'un rien de pensée d'ordre un trop forte suffirait pourtant à disperser. Déterminée, elle insiste, s'infiltre, souffle une certaine combativité, inocule une certaine liberté. Car elle aussi a ses programmes prêts à en découdre. Pour s'opposer à la rigidité des matériaux, des lignes droites ou trop  lisses, des esprits trop étroits, des équations simplistes et des choses trop prévues.

A un ensemble urbain bien construit, elle rajoute avec raffinement des détails qui signent l'échappatoire, la déviance, l'infiltration, le contournement : une petite zone de floue, des fragments de course d'une lumière sauvage, une reptation de fissure, les clins d'oeil d'une ombre particulière due au hasard, le ponctuel d'une fantaisie humaine ou la sinusoïde complexe d'une plante, la Nature est là, diverse en son centre courageux et inventif. Des sursauts vivaces qui poussent nos pas vers l'ailleurs, vers l'univers des visions neuves. Découvrir ces messages est une source inépuisable d'étonnement, de plaisir, de gaîté, de liberté. Ces imprévus aperçus, ces imprévisibles bien visibles métamorphosent la ville, sa perception, tout ce que construit notre regard, notre lecture, nos pensées. C'est un sourire qui apparaît là et se pose sur nous, une respiration tranquille qui nous saisit. Les rechercher par la suite est un défi, une stimulation, une avancée vers les frissons légers et instantanés des petits bonheurs personnels. Ce que donne la Nature infiltrée à nos cités, ce qu'elle distribue à travers ces signes, est véritablement un supplément d'âme, tout ce qui fait trop souvent défaut à nos ensembles urbains. Ce sont eux qui nous permettent d'amplifier un certain plaisir de vivre, une joie simple et espiègle.

 

Mais ces signes que la Nature nous envoie sont bien plus que des détails. Ces fissures sont bien plus que de simples fissures. Elles vont beaucoup plus loin que ces bouffées de plaisir ou ces flottements d'ondes imaginatives. Car elles se prolongent vaillamment jusqu'à la racine des programmes urbains.

Ces signes, ces fissures, permettent des remises en cause profondes, des interrogations. Ils portent le recul à poser sur l'agencement des villes, leur construction surmultipliée. Une prise de conscience qui implique aussi un retour sur nos vie trop organisées, mesurées, chronométrées, maîtrisées. C'est en jouant adroitement de l'évasion, de l'aérien et de leur magie que les fissures s'attaquent à cet utilitarisme rongeur des grands immeubles, des grandes définitions urbaines, souvent trop belles pour être honnêtes, et cherchent à en poétiser les cerveaux fondateurs amputés.

 

Je relève avec avidité les signes de cette Nature imprévue, discrète mais bien présente. Un langage qui me mène à travers la ville, creuse également mes paysages de ses empreintes. Un signe effleure mon regard, une pensée lui répond, un songe, une métaphore se construit. Chaque signe en germant développe des approches complémentaires, insiste sur l'inhumain des ensembles urbains, propose des visions intérieures toutes personnelles. Chacun décrit et j'écris sur chaque image découverte une impression fugace où, dans un court instant, flotte en moi cet étrange brouillard de plaisir, de doute et d'espoir, de lutte et de chute où se mêle savamment sans vraiment insister le sort de la cité et le mien.

 

There is a crack in everything

that's how the light gets in

 (Léonard Cohen)

 

 

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L'attente des fissures (1)

9 Février 2015 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #L'attente des fissures

Sommières, 12/2014.

Sommières, 12/2014.

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L'attente des fissures (2)

6 Février 2015 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #L'attente des fissures

Montpellier, 03/2011.

Montpellier, 03/2011.

 

dans la ville

le temps des bêtes fortes

se déchire en chutes

 

constellation taureau

fermée pour les étoiles

le ciel en serf volant

n'a aucune aile propre

pour se poser

s'étendre

 

tout ce qui lui est pris

doit encore se rendre

 

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L'attente des fissures (3)

2 Février 2015 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #L'attente des fissures

Vienne, 07/2014.

Vienne, 07/2014.

 

une tête se déploie

des images se tournent

autour

se suivent

corde sonore

dans un ciel de marelle

jeu à pensée perchée

où se noue la souplesse

 

craque l'allumette

joue de ta flamme

croque la carapace rampante

des programmes de ville froide

emporte tout

et laisse tout

comme tu ne l'as pas trouvé

 

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L'attente des fissures (4)

16 Janvier 2015 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #L'attente des fissures

Montpellier, 08/2012.

Montpellier, 08/2012.

 

ville méduse grinçante

ses voix se répètent

enlacent et séparent

perdent

imposent et attachent

un visage de pierre à nos pas

 

encore des fleurs allongées

échouées sur leurs ombres

mais nous

nous construisons nos vies

de petites choses

des germes minuscules

toujours trop grands

pour toi

 

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