Droit de cité
Domicile fixe
L'ombre se dresse sur ses murs complices, ne rend rien des éclats volés à la lumière.
Coin d'ombre froide où se coule la fatigue des êtres clandestins, des ramasseurs de miettes de pain et de lueur, sans papier ou sans feuille, leurs racines et leurs membres blessés, leur survie portée comme une couronne lourde.
Sous le pont, l'identité quitte sa photo et se retrouve nue.
Sous le pont, la solitude prend ses racines à son cou et demeure immobile.
Sous le pont, tous les sauts enjambeurs écrasent davantage.
Sous le pont, l'arche de pierres sourdes demeure sans colombe.
Sous le pont tout le reste est toujours bien trop loin.
Mémoire d'hiver
La série Mémoire d'hiver est intégralement publiée sous forme de carnet 25x20cm, 40p, texte d'introduction, 27 photographies. Edition limitée, chaque ouvrage est numéroté.
Vous pouvez le commander en me contactant à l'adresse mail jlbec@orange.fr ou par les messageries de FaceBook (compte Jean-Louis Bec) ou d'Instagram (compte @becjeanlouis).
La série Mémoire d'hiver appartient au neuvième groupe de séries. Ce groupe s'intéresse à la présence de la Nature dans le milieu urbain et traite en particulier de la recolonisation par la végétation ou autre élément naturel des zones urbaines délaissées. Mémoire d'hiver s'est intéressée aux bords de mer qui n'échappent pas, l'hiver, à cette reconquête partielle et temporaire de l'espace par la Nature. Végétation, sable, effets du vent, logent en effet là le temps d'une saison morte pour les Hommes.
Pour avoir une vision complète de la démarche suivie par ce blog, connaître les liens que présentent les différents groupes de séries entre eux et ceux qui le rattachent au blog Natures cachées se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.
Mémoire d'hiver
Mémoire d'hiver (extraits du texte d'introduction et de la série photographique)
Le sable nait de la coquille brisée du vent, de la roche amoureuse qui roule avec la mer, de l'eau qui enlace la terre.
Les maisons le connaissent, les maisons l'attendent.
Chaque année, chaque hiver, il borde, berce, réchauffe, remplace les Hommes évaporés.
C'est un fluide, une mouvance chaude, douce comme la mer quand elle garde et sauve.
Le sable aide les maisons, conserve les traces, les gestes, les paroles, les élans, les bonheurs, les angoisses, ce qui s'incruste, ce qui passe, ce qu'on maintient ou souhaite extirper de sa vie.
Le sable garde les passages, les trajectoires de tous.
Non à sa surface, celle-ci n'est pas la peau et n'est rien. C'est une aire où s'affrontent les forces, l'hiver avec un reste d'été, la pluie contre un reflet de chaleur, le grain contre l'endormissement des nuages. Le temps y file crie et fouette à tout rompre.
Le sable, c'est par en dessous qu'il faut l'approcher, le voir. Le profond de sa chair façonne le contact avec les traces abandonnées.
Là se trouve sa tendresse, son attention ; se déroule l'alchimie du temps longuement soigné, bercé.
Dessous le sable endort, veille, surveille.
Un marchand de sommeil.
Et chaque chose ne perd rien, n'oublie rien d'elle-même.
Grain à grain le temps est arrêté pour se lover, sédimenter. Temps fossile à l'oeil de momie, cyclone apaisé sur son cercle parfait, le temps ne passe plus et se passe de tout.
Oublié le sablier sous le sable.
Dans ce temps-là, pendant ce temps-là, tout demeure à sa place, en ordre dans la matrice, dans ce château souterrain qui enchante.
Tout ce qui concerne les Hommes, les objets marins, leurs voix marines communes, tout.
La grande sableuse conserve, ne fauche rien.
Dehors le roulement des vagues, le roulement de la plage, le roulement agité entre ciel et mer.
Dessous, le sable, grains de calme et de sagesse, rend son sablier, pose un regard tranquille sur un temps survivant, affute la paix des songes et les germes d'une renaissance prochaine.
Dessous.
Je m'y glisse à présent, me faufile avec curiosité, rampe de grain en grain. Une avancée à rebours, une descente dans la remontée du temps.
Si la pression temporelle n'existe plus, demeure un fluide tiède, accueillant, un ensemble de visions troubles, stables et tranquilles.
Je devine cela plus que je ne le vois, le passé s'est bien réfugié là, tout est là. Le sable le comble, le presse puis le divise, le désagrège pour mieux le soigner. Il est maintenant une multitude d'instants isolés, juxtaposés. Une métamorphose qui le maintient dans une hibernation fluide, temps cristallisé refermé sur ses grains.
(...)
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