Venus d'un visage (2)
Ce mur en nous, entre, autour, ce mur de pierres tombales avec sa grande bouche noyée dans la crue du silence. D'une pointe sèche de cri pouvoir libérer les paroles, les paroles des regards, les miens, les tiens; desserrer les dents noires des barreaux, les dents noires de l'intérieur. Qu'on entende... Il reste, c'est sûr, de nouvelles bouches à creuser en mots solides, bien soudés, où nous pourrons marcher à deux.
Venue d'un visage (2)
Coup d'oeil voyant et ton visage vacille sur son mystère. La vision perce et répond mot pointu par mot pointu, pointe par pointe, aux couleurs et accents aigus de tes apparences. Fêlures de carapace entre les pinces de mon regard et ta lourdeur, ta lourdeur première, cette part du condensé d'être que nous souhaitons tous oublier, s'écoule par les trous de serrure mal fermés.
Course cousue entre nous qui pousse à en découdre. Pourtant, encore, le songe magnifique se gorge d'une rondeur de roue, assèche le joug, traverse puis écrase le nuisible; pour que l'image la plus juste, la plus sensible de nous-mêmes se penche à nouveau sur nous.
Venue d'un visage (2)
Tuyau pour une matraque sentimentale.
Nous voilà face au mur de l'Histoire, ce grand mur aux multiples coutures, encore surchargé de plaies hurlantes comme sirènes; Ce mur maintenant traversé, enjambé, sauté d'un simple élan de joie, pulsion encore vivace d'un espoir ayant touché terre il y a longtemps.
Pourtant ce mur il est bien là... au bout des doigts, des paroles, de toutes choses qui virevoltent autour, pour, en, sur nous. Briques, fer bout à bout, debout, leurs cris de guerre aveugles présents dans nos voix qui sombrent et s'assombrissent. Les moments tombent un à un en grosses gouttes fermées, en grosses gouttes gonflées de chair de vent éclatée.
De la lourde obstination de nos colères je n'en connais que la continuité...
Venue d'un visage (2)
Un temps gris met nos ombres dos au mur. Longtemps avant, un temps gris, un homme gris, ont mis les hommes dos au mur. Tant de gris mûr pour un seul homme alors, tant de gris sûr pour faire coucher les hommes, comme un seul, pour un seul, pour un seul gris dans une seule nuit. Même si, malgré ce tout alors, demeurait la certitude des couleurs forgée au feu des poings, la fille des linceuls troués de liberté. Beaucoup plus tard, trop tard aussi, un jour de monument dressé plus haut qu'un mur, un azur a muré ces morsures assassines. Alors... peut-être... Non?
Tes yeux sont partout. Derrière tous ceux qu'on ne voit pas, derrière chaque écran, chaque fumée, chaque trouble. Derrière chaque image renvoyée. Ils sont là, à l'affût, affutés et brillants. Ils sont détachement, orgueil, ironie. Ils sont partout ; je ne peux être nulle part.