Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Articles récents

Dérive vagabonde

28 Décembre 2025 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #Dérive vagabonde

Dérive vagabonde

temps suspendu de vapeur lourde

je nage à grandes brasses

dans la clarté trouble du coeur

ma pluie fermée à double tour

je creuse

l'espace troué de son ombre

son absence fermée à double tour

je vis

d'images noyées à la ronde

perfusion fermée à double goutte

je cherche

le songe parfait à la mémoire magicienne

les mains tendres de chacun son tour

mais je connais

la profondeur  de tout émiettement

son déploiement de perte à chaque tour

des choses que je ne peux pourtant éviter

et que je souhaite pourtant provoquer

Lire la suite

Dérive vagabonde

28 Décembre 2025 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #Dérive vagabonde

Dérive vagabonde

de lourds frissons

lents et charnus

pétrissent les songes

la pluie mandibule

l'apparition morsure

insistent et me capturent

comme les paysages debout

sur leurs jambes de bois

les paysages de bois

et leurs ventres de boue

la bruine sur la langue

jette en mots de gorge

ce qu'il me semble déjà avoir perdu

Lire la suite

Le jardin des briques froides

19 Septembre 2025 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #Le jardin des briques froides

La série Le jardin des briques froides appartient au dix-septième groupe de séries. Ce groupe parle de voyages, réels ou oniriques, mais dans tous les cas multidimentionnels : voyage au ceur de la mémoire, de paysages naturels et de traversées de ville... Les éléments se combinent pour esquisser une réalité intérieure profondément personnelle. La série Le jardin des briques froides a pour sujet le retour vers le jardin de l'enfance, les sentiments éprouvés et leurs reports sur des sites plus vastes présents dans la ville. Parcours essentiellement mélancolique jouant avec les couleurs, l'axe du temps et les différentes échelles de l'espace.

Pour avoir une vision complète de la démarche suivie par ce blog, connaître les liens que présentent les différents groupes de séries entre eux et ceux qui le rattachent au blog "Natures cachées", se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.

Lire la suite

Le jardin des briques froides

19 Septembre 2025 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #Le jardin des briques froides

Le jardin des briques froides (extraits du texte d'introduction et de la série photographique)

Le balcon au fer froid capture mes mains et les lie par la rampe. Un balcon vigie, perché bien haut sur le jardin de mon enfance, qui me tient droit au dessus des zones où l'hiver se rassemble en arbres nains tassés près du sol, en plantes retournées à leurs racines.

Les allées circulent en pointillés, pas japonais à la minéralité tendue qui s'écoule parmi les herbes et les fleurs trempées, décomposées. La pierre, le végétal, unis alors dans l'harmonie froide, dans un profil mortuaire de saison parfumée de terre humide et de lichen décoloré.

Le balcon immobile se tient ainsi en haut du mât de la mémoire, du claquement des souvenirs, de la paire de claque des souvenirs. Le jardin, structure même de la mémoire ; la mémoire qui façonne le jardin, le jardin qui consolide, incarne la mémoire.

Le balcon tremplin aussi. Pour plonger dans la traversée de l'hiver, pour toucher le sol dans ses parfums, ses restes de parfums d'enfance, d'adolescence, ce qui subsiste au-delà des formes des matières et des températures. Tout ce qui se trouve atomisé, dispersé mais présent et pour moi bien tangible.

Il m'est facile de chercher, de gratter, de retrouver, d'assembler avec calme, pour ne pas perdre, ne pas se perdre, toutes les pièces, les unes après les autres, année après année, de fouiller précisément les racines de tout, questionner pierres, végétaux, murs.

Trouver alors sans véritable effort les segments, les bulles, les pointillés, les nuages fuyants, tout cet attirail bien connu de la mémoire, ses géométries floues, ses accélérations incontrôlées, avec aussi ses pannes et ses arrêts plombés par la mélancolie, l'épaisse mélancolie, la partie froide la plus hivernale du jardin, celle dont je me méfie parfois et tente d'écarter.

Car si tout peut être mélangé dans un désordre qui éclate en tête comme des départs de feu indépendants, la mélancolie n'a besoin d'aucun effort pour s'imposer en reine dans une continuité bien structurée. Elle saute toujours au visage, balcon ou pas, sûre d'atteindre sa cible et ne rien manquer, ne manquer de rien. Sa fougue, son énergie c'est en moi qu'elle la trouve, qu'elle la capture. En grande maitresse elle sait confisquer la plus grande partie de mes résistances.

 

La mémoire secoue la tête, s'accroche sans difficulté à des îlots bien identifiés. Deux îlots dans une vie d'enfance solitaire, deux rôles joués par le même jardin. Deux îlots qui m'apparaissent simultanément, l'un entrainant l'autre, comme liés par la main. Ces deux-là sont intimement attachés à mon histoire.

D'après mes souvenirs le jardin du premier îlot se déguisait sans arrêt, se grimait, jouait avec son image. Aussi petit était-il, il apparaissait sous bien des aspects. Lieu des jeux, il était jungle, désert, grande plaine, il se prêtait à toutes mes volontés, mes désirs, suivait et anticipait mes envies de découverte, d'exploration. C'était un lieu sans frontières, sans bornes qui m'offrait tous les horizons et de chaque point de ses arbustes, de chaque pierre ou dalle émergeante du carré de pelouse, il était possible de saisir d'un regard le multiple paysage de la planète, de circonscrire les côtes océaniques les plus lointaines.

Le jardin continent était aussi bateau de grande traversée, train à la puissance illimitée, voyageur et voyage, les monts, les mers et les merveilles réunis dans un trop plein de joie qui débordait et me portait sur la crête d'une vague qui ne déferlait pas mais parcourait le monde avec juste assez de risque pour stimuler la joie et le plaisir de vivre. Une échelle du vaste à laquelle répondait le microcosme du monde des petites choses.

Et tout cela me faisait courir, sauter, encourageait le moindre mouvement. Je brandissais épée, bâton de pèlerin, engin spatial. J'était tel personnage, tel autre, j'étais enfin moi-même, un être que je reconnaissais mi-réel mi-imaginaire mais dont le portrait flou, pour une fois, me convenait pleinement et répondait à toutes mes exigences.

 

L'exploration, dans ces diverses approches, ne négligeait rien et permettait aussi de voir, loupe en main, plantes et bêtes minuscules, ces mondes aux lois si proches des univers géants mais si complémentaires dans leurs différences.

Mais là, l'esprit se focalisait, se concentrait, il souhaitait voir, dénicher, comprendre. Cette nature me semblait physiquement à ma portée mais posait tant de questions, impliquait aussi tant d'émerveillement, excitait tant de désir, que le voyage gardait pleinement sa dimension imaginative tout en tournant à la curiosité savante. Il me fallait identifier, décrire, dessiner, observer. Il me fallait connaître ce monde particulier, tapi dans les recoins, à la frontière entre terre et socle géologique, sous les feuilles et les aiguilles, au cœur de chaque fleur. Les échelles se bousculaient et c'était avec une joie incommensurable que je passais de l'une à l'autre, jouant, explorant les univers purement imaginaires ou bien ceux tangibles des insectes et autres petites bêtes, tout aussi stimulants pour bien des divagations.

Et puis il y avait aussi autre chose dans cet îlot de mémoire, à la fois complémentaire et décalée, à la présence forte, opiniâtre. Très forte parfois, trop forte. Le jardin semblait parfois se parer d'une lumière trouble. Il me semblait qu'il s'évaporait peu à peu, se délitait pour acquérir une structure molle, un peu collante, que ses couleurs s'assombrissaient, viraient au bleu, un bleu qui telle une fumée rampait sur ma peau, léchant chacun de mes pores pour s'y faire une place. Sa présence bientôt dans mon esprit annihilait tout mouvement, toute décision. Mes pensées se bouclaient en tire-bouchons, foraient mon monde mental en un réseau de galeries et labyrinthes, autant de pièges qui m'engourdissaient parfois jusqu'à la paralysie. Le mental alors me buvait comme un trou, m'abandonnait exsangue, recroquevillé sur une sorte de mélancolie rêveuse et conquérante, une sorte de chute ainsi qu'une lourdeur de vivre pendues à chacun de mes organes, la bouche muette et le cerveau vidé, aspiré par lui-même dans un réflexe autophagique.

 

Mais le jardin n'était pas toujours un univers enchanté ou désenchanté, un passeur de joie papillonnante ou de tristesse collante, dans tous les cas un monde toujours inconnu à découvrir, surprenant, riche en vécus fortement imaginatifs et émotionnels. Non, ce jardin-là n'était pas seul.

Il se trouvait suivi par son jumeau, son double aux propriétés radicalement opposées. S'il n'était pas l'ombre du premier, il lui était lié de façon indéfectible.

(...)

(...)

(...)

 

Aujourd'hui, bien qu'éloigné de lui, le jardin demeure en moi comme une entité entière, presque autonome, dont l'image, le souvenir, surgissent de temps à autre, que ce soit dans les moments de joie ou ceux moins malléables d'une certaine tristesse. Etrangement il se tient en bordure de moi-même, prêt à manifester sa présence, associé fortement à certains états émotionnels dont pourtant, a priori, l'origine semble totalement l'exclure. Comme si, au cours de tout ce temps que nous avons partagé, il avait semé en moi certaines graines, en avait permis le développement en une sorte de mélange parfois fantasque et surprenant, tissage sentimental de base prêt à resurgir à certaines occasions.

A considérer ces phénomènes, mes émotions, mes traits de caractère, mes suites de songes, à les classer, les hiérarchiser, il m'arrive de penser aujourd'hui que c'est bien le jardin de mon enfance et de mon adolescence qui a principalement choyé, au plus profond de mon esprit, dans les zones fragiles de mon cerveau parfois un peu trop secoué, la liane vivace et indestructible de la mélancolie. Car c'est bien elle qui s'impose en tête, dans ma tête. La froide, l'incontournable et, me semble-t-il parfois, la définitive mélancolie. Et la nostalgie de l'enfance, et de ses territoires, aussi présente soit-elle, ne peut totalement expliciter cela.

 

Ainsi le jardin continue de distiller en moi ses valeurs, tiraille, à certaines occasions, la mémoire, réveille. Les pousses issues des graines semblent même avoir pris de l'importance. Un peu comme si le jardin lui-même n'était plus limité à n'être que jardin mais était sorti de son enclos pour acquérir un surplus de pouvoir. Que toutes ses échelles s'étaient développées ; les murets, les dalles, les arbustes, les herbes, le bassin, que tout avait changé, tout avait grandi. Et que tout cela, toute cette croissance pouvait poser, déposer, son esprit, ailleurs, comme une sorte de manteau impérieux apte à modeler peu à peu certains paysages, particulièrement ceux du bord de la rivière qui parcourt le centre-ville et ses constructions fortifiées de briques rouges.

Tout ce dont le jardin était le détenteur, le porteur, le garant, tout se retrouve ainsi en ces nouveaux lieux. Le fait de les découvrir ou de les redécouvrir impose le retour de la joie, de la curiosité telles que le jardin les avait fait naître mais aussi et surtout la prenante et froide mélancolie.

Ce voile qui atténue, gomme partiellement le vif et les couleurs, qui suspend temps et température, c'est lui que je retrouve aussi principalement parmi les arbres, les berges boueuses, le glissement de l'eau. Les saisons n'y sont pour rien, qu'importent l'été, l'automne, qu'importent la chaleur, la fraîcheur, la mélancolie dépose partout sa marque, définit sans fin ses aires et ses tons.

Ses tons oui. La tonalité mélancolique du jardin. Elle se retrouve entièrement dans le vaste de la rivière et de ses berges. Elle y a pris racine, a modelé ses développements aquatiques, s'est étendue pour gagner de grands espaces comme elle a rampé aussi le long de l'axe du temps. Car à la mélancolie de l'espace se joint ainsi la mélancolie du temps.

Le temps, elle le conjugue maintenant à tous les modes, s'étendant du moyen âge jusqu'aux limites les plus contemporaines. Cette tonalité, ses couleurs, ce dépôt de mélancolie surtout n'ont fait que se renforcer dans ces lieux, n'ont fait que se renforcer en moi.

La rivière est un écoulement interne de bile mélancolique et dans mon esprit, tiraillé par ma mémoire, la mélancolie retrouve, resitue. Les petits murs du jardin sont ici métamorphosés en constructions gigantesques, amalgame de tours, de remparts, de ponts de murs de soutènement. Le béton un peu vieilli a laissé la place à la brique moyenâgeuse. Les pots de fleurs se sont incarnés dans des îlots de plantes exubérantes, grandes lianes humant l'eau, la brique et le ciel ; les pas japonais ont acquis l'effet continu du chemin de promenade et les arbustes se présentent fiers et solides sous les traits de platanes immenses et croqueurs de siècles.

Les berges conjuguent ainsi le végétal sur le mode d'un passé recomposé.

Plantes grimpantes, mousses, lichens, arbres de toutes histoires, épaulent, complètent et enlacent avec grâce et douce volonté les constructions savantes en un assemblage historique et divers, grandiose, aux cicatrices sombres. Chacun à son échelle, tout végétal pose le sceau 'une vie abondante, langage prolixe qui séduit, entraîne, enivre vers des songes de monde primaire, fécond et profondément imaginatifs. Les marques d'un temps végétal se sont érigées patiemment en parallèle du temps construit par l'Histoire et ses racines profondes.

 

Le jardin a grandi, la mélancolie a grandi. Car les murs de briques, les arches, toutes les constructions bâties une à une à partir du moyen âge et bercées par les plantes en rajoutent. Couche épaisse où se débattent un peu mon esprit, mes pensées. Se joignent ainsi aux scènes particulières de ma vie enfantine et adolescente, des évocations d'un passé très ancien, d'un temps révolu et totalement perdu, le tout dans un mélange d'images associant, étrangement imbriquées, des vues de jardins et de grande rivière.

(...)

(...)

Lire la suite

Le jardin des briques froides

19 Septembre 2025 , Rédigé par Jean-Louis Bec Publié dans #Le jardin des briques froides

Toutes les photographies de jardins ou de paysages plus vastes ont été réalisées à Albi durant les hivers de 2015 à 2025.

Toutes les photographies de jardins ou de paysages plus vastes ont été réalisées à Albi durant les hivers de 2015 à 2025.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 > >>