Dérive vagabonde
Dérive vagabonde (extraits du texte d'introduction et de la série photographique)
je déroule la route
les distances s'étirent et roulent des muscles
leurs vitesses vibrent dans mon dos
coulent et roucoulent dans mes veines
je grandis avec elles
l'envie de monde dans la gorge
je vais je cours me balance en tous sens
je vois me détourne cherche ailleurs
brandis loin devant mon choix solide à têtes de métal
le choix débridé de la grande indépendance
celui de la découverte de la connaissance insatiable
de la route sans routine
dans ma poche la toile passionnée
des dynamismes fiers
les défis enfilés sur une ligne droite
les horizons fixés pour ne pas se fixer
le monde je souhaite le connaître
je souhaite l'apprendre
pour en caresser la plus fine substance
l'esprit le plus noble et le plus abouti
je veux aller la vie entre mes mains
chargée jusqu'à la gueule des mobilités et des intensités les plus libres
et construire me construire
une respiration digne à densité de forge
avec entre les dents le souffle du cumul de vies bourdonnantes
un pluriel pour un JE à la grande démarche
et tant pis pour la figure sombre des dangers encourus
des dangers inhérents au désir de l'errance
sa folie tangentielle son insatiable instabilité
les dards aigus du rejet par autrui et de la solitude
la chape de froidure parfois jetée sur les épaules
qu'importe cela si je cours
rebondis enfin sur une trame de plaisirs spontanés
le mental mains tendus aux paroles d'Epicure
qu'importe si la volonté de vivre m'emporte sans entrave
vers un "plus" pluriel conjugué hors du temps
espaces songes connaissances rencontres
l'errance dans sa volonté victorieuse
l'errance ronde à cercle ouvert
avec aussi il faut le reconnaître
au fond de moi au fond de tout cela
quelques pousses vivaces à la force gourmande
bourgeons singuliers qui suivent ses racines à la trace
demandent sa main amoureusement
l'acclament mais jouent à la façonner et lui imposent leurs marques
des éléments de hasard qui engourdissent sa marche
des gestes sans suite des composantes vaporeuses
ainsi en est-il de la rêverie première où se floute le monde
ses réalités trop aigües parfois dissoutes une à une
une rêverie-brouillard autoportée dans un cerveau semi-liquide
sa pulsion d'onirisme dans l'effacement de certains repères
dans une tension de tremplin créateur et d'imagination idéale
l'échappatoire heureux la chimère du bonheur
l'immatériel gagnant de la dérive et la magie embrassée du flottement
la rêverie première mordue parfois par la seconde
rivée elle au gommage de tout
architecture saillante de la perte totale
l'esprit disséminé hors sol dans les poussières parallèles
une absence dure qui effleure la dissociation
la fermeture collante des yeux et le retournement des sens
alors l'errance
enchaînement des globules de vies réelles ou oniriques
des respirations clairvoyantes ou duveteuses
des choix volontaires involontaires
errance choisie subie
je ne sais pas
le contrôle s'échappe surtout dans l'affirmation du contraire
(...)
(...)
je sais alors
que l'errance des épisodes toniques et des trajets léthargiques
qui semble naître du désir de vivre fort
de vivre ailleurs comme de vivre en rêvant
n'est peut-être qu'un ramassis élastique d'anxiété claquante entre les doigts
entre les sens les idées entre tout du rencontré à l'évité
un amas informe aux flèches à suivre dans leurs fuites
son fond n'est que vase et mouvance mentale
des points de suspension mitraillés par la peur
liés à une crainte ou à une déception chronique injectées par la vie la vision de la vie
la déception royale du moi en toutes situations
ne pas sauter assez haut
rater même en respirant avoir raté pouvoir rater
toujours la vague souterraine qui bat et bat encore
dans son courant perfectionniste obscur à vocation cosmique
alors recommencer ailleurs
alors bifurquer ailleurs lieu choisi ou dicté par quelque lubie
l'errance est une persistance une fracture dure de l'estime pour soi
où le moi achoppe bascule dans la crevasse
avec rage et plaisir mêlés liés sans aucun doute
je décide peu ou rien décisions blanches transparentes
décortiquées désossées si bien réelles trop réelles
demeure le vide les possibilités du vide et ses impasses
demeure le moi les possibilités du moi et ses impasses
demeure la vie dérivante son noyau de solitude
son coeur d'évitement ses zébrures d'angoisse
demeure la vie coincée dans un présent d'obsessions
avec quand même des zones franches épisodiques où il fait bon s'étirer
s'engourdir un temps souffler
et par quelques miasmes forgés d'un désir étrange et balbutiant
préparer encore la fuite
consolider l'errance
un certain désir de se perdre
de perdre passé et avenir dans un même amalgame
pour une recherche d'absolu
Dérive vagabonde
se surprendre
comprendre sans crier gare
aller bon train
tout en raillant
la vie
sa vie
au passage
l'aiguille sans age tourne et frappe
chemin roulant en solitude de fer
et je dérape sur mes principes
décide subis tout à la fois
le repos interdit dans l'appel du brouillard
pieds et mains liés par le jeu de l'errance
Dérive vagabonde
je glisse d'un état à l'autre
sur la piste d'un cordon ombilical
parfois à boucle strangulante
je file passe me dépasse
le but est dans l'évolution continue contentée
l'avidité révélée par ma transformation
les découvertes et leurs effacements
qu'ailleurs ne renaisse jamais l'effacé
qu'ailleurs claquent les fenêtre
sombrent les visages d'eau aperçus
et se dispersent les murmures des mèches ruisselantes
comme les regrets étouffés par les attentes à suivre
Dérive vagabonde
villes traversées comme moi de part en part
avec sur le dos mes défis pour devenir
moi constamment alourdi d'une charge vorace
avec cette hauteur d'être jamais approchée
cette hauteur à ruades
sauvagerie d'intérieur souterrain
tirs de mines creusées éboulées recreusées
bien sûr parfois le chant présent d'un désir fier
la mélodie charmeuse d'une passion libre
l'intensité présente dans chaque particule du temps élémentaire
bien sûr parfois la vie multipliée
son jeu de cartes aux mille pistes rapides et colorées
mais la fuite si obscure dans son immensité
cette fuite tenace
qui déchire le coeur la tête les entrailles
impose à jamais l'insatisfaction froide
et me mange jusqu'à prendre ma place
Dérive vagabonde
elle lui d'autres aussi
dans la recherche l'appréhension nues
un gouffre dans chaque main
miroirs sous-marins des avancées incertaines
les yeux flottants aux grandes orbites
face au visage ruisselant du présent
fantômes océans aux lignes brisées d'aquarium
vous roulez du certain à l'incertain
du choisi au subi
chaque rôle tenu planté en bout de coeur
chaque vie écartelée en bout d'incertitude
brouillardeux solitaires égocentriques
perdus perfectionnistes déçus
d'autres encore qui fuient les multiples pattes de l'angoisse
et si vous riez parfois
pour le recul le ralentissement de tout
c'est dans la tourmente de votre bouche ironique
son acide vous décapant jusqu'à l'os blanc
pour la pointe recherchée du solide
le tranchant vif du stable
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